Bamako,
août 2001
AVANT PROPOS
L’excision
est un sujet « tabou ». Ce refrain est à la limite décourageant.
Pourtant nous arrivons à en parler et à convaincre la plus part de nos
interlocuteurs.
Après
quelques années de travail sur l’excision, nous avons recensé les questions les
plus souvent posées par les populations par rapport à l’excision.
Les
réponses données à ces questions sont aussi le fruit de cette expérience de
travail avec les populations.
Ce
travail comprend deux volets :
1.
un
volet qui traite des questions d’ordre
socio-anthropologiques ;
2.
un
volet qui traite des questions relatives aux complications
médicales.
L’auteur
« Il
est préférable de détruire un village que de détruire une coutume »[1]
Proverbe
Bambara
« Quand
une rivière change de cours, le crocodile doit suivre… »[2]
Proverbe
Malinké, Dogon et Bambara
1-
Question :
Qu’est-ce que c’est que l’excision ?
Réponse :
L’excision
consiste en l’ablation du clitoris ou / et des petites lèvres de l’appareil
génital féminin. Elle est actuellement pratiquée sous différentes formes. La
circoncision vraie ou Sunna, la forme la moins sévère, consiste à couper le capuchon du
clitoris. L’excision ou
clitoridectomie, c’est l’ablation du clitoris et des petites lèvres. Cette forme
d’opération est surtout rependue en Afrique de l’Ouest. Quant à l’infibulation
ou, circoncision pharaonique, il s’agit de la forme la plus sévère. Elle
associe une excision élargie et
l’avivement des grandes lèvres dont les deux moignons seront rapprochés bord à
bord de telle façon qu’il ne persiste qu’un orifice pour l’écoulement des urines
et du sang menstruel. L’un des effets immédiats est de rendre la miction
insupportable. La vulve a disparu, et une cicatrice très dure la remplace, qu’il
faudra couper au moment du mariage. L’infibulation est surtout pratiquée en
Afrique de l’Est, mais aussi au Mali, plus précisément chez certains Soninké et certains Peul du
Macina.
L’Organisation
Mondiale de
-
Type I : Excision du prépuce avec ou
sans excision partielle ou totale du clitoris ;
-
Type II : Excision du prépuce et du
clitoris et excision partielle ou
totale des petites lèvres ;
-
Type III : Excision partielle ou totale
des organes génitaux externes et suture/rétrécissement de l’orifice vaginal (
infibulation ) ;
-
Type IV : interventions non
classées :
- piqûre ou incision du
clitoris ;
-
cautérisation ;
- introduction de
substances corrosives dans le vagin.
2-
Question :
Pourquoi sensibilise-t-on pour l’abandon de
l’excision ?
Réponse :
Les
conséquences néfastes de la pratique de l’excision sur la santé de la femme et
de l’enfant sont à la base des différentes luttes au Mali et ailleurs dans le
monde pour y mettre fin.
3-
Question : Pouvez-vous nous citer quelques conséquences
médicales ?
Réponse :
L’excision
se pratique généralement dans des conditions d’hygiènes déplorables, avec des
instruments non-stérilisés, et par des opératrices de plus en plus
inexpérimentées, surtout poussées par le gain qu’elles peuvent réaliser. Les
conséquences peuvent être immédiates et à long
terme :
-
Les
conséquences immédiates :
Les opérations provoquent une douleur atroce, parfois accompagnées d’un grave
état de choc, hémorragie, infections locales (abcès, phlegmons) ou générales
(gangrène gazeuse, septicémie, tétanos, sida).
-
A plus
long terme : Les
malformations et les cicatrices de la vulve et du vagin, induites par
l’excision, vont entraîner de graves problèmes urinaires, gynécologiques et
obstétricaux. Outre les problèmes fonctionnels comme les difficultés à uriner ou
dysurie, l’incontinence et les dyspareunies (douleurs lors des rapports
sexuels), les femmes qui ont subit l’excision vont être exposées aux infections
uro-génitales pouvant entraîner une stérilité dont l’on connaît les conséquences
sociales et psychologiques (divorce, scènes de ménage, rejet au niveau de la
société, polygamie, etc.)
4-
Question : S’il y a autant de problèmes affectant la santé des femmes, pourquoi ne pas
pratiquer l’opération de l’excision dans les centres de santé par des médecins
ou des sages femmes ? Dans ce cas, on évitera les complications
médicales.
Réponse : Un certain nombre de raisons font qu’il est difficile, voir impossible de médicaliser la pratique de l’excision. Parmi ces raisons on peut citer :
-
l’intervention
du corps médical n’empêche pas les conséquences néfastes sur la santé de la
femme et les conséquences décrites plus haut ;
-
la
déontologie du corps médical empêche la pratique par les agents de santé. Les
filles à exciser ne sont malades, alors rien ne justifie l’intervention du
médecin ou du para médical sur un corps sain, sachant que son acte peut
entraîner au contraire des complications
médicales sévères.
En
réalité, ce qui est répréhensible et dangereux, c’est l’acte. Le lieu où se
déroule l’excision (toilettes ou centre de santé ) ou la qualification
professionnelle de l’individu qui pratique l’excision (médecin, infirmier,
sage-femme, aide-soignant ou exciseuse) ne peut empêcher les problèmes de santé
liés à la pratique de l’excision.
5-
Question : Concrètement, comment se déroule une excision et qui
la pratique ?
Réponse :
Déroulement de l’excision : L’opération
est assez variable selon les régions. L’intervention qui peut durer jusqu’à une
vingtaine de minutes se fait soit avec une lame de rasoir soit avec un petit
couteau spécialement fabriqué à cet effet. Les filles sont maintenues de force
par plusieurs femmes « apprenti exciseuse » par les pieds, les mains
et le bassin. Si elles sont d’un certain âge (11 à 15 ans), elles ne doivent pas
se plaindre ou crier sous peine d’attirer la honte sur leur famille.
Qui
excise les filles : Dans la
très grande majorité des cas, l’excision est pratiquée par les exciseuses de la
caste des forgerons. Ces femmes sont considérées comme détentrices de puissances
magiques pouvant arrêter le sang et favoriser la guérison la guérison. Les
exciseuses recevaient une compensation symbolique. Mais aujourd’hui elles se
font rémunérer dans les grandes villes gracieusement ( entre
6-
Question : Est que ces luttes pour l’abandon de l’excision ne
cachent pas en réalité une atteinte à notre culture ? Les blancs ne
cherchent-ils pas à détruire nos valeurs culturelles
authentiques ?
Réponse :
- L’Occident n’est pas impliqué : Non, la
sensibilisation contre l’excision n’est pas faite sous la demande des européens
qui ont d’autres soucis que de s’investir à détruire la culture malienne.
Rappelons que l’excision n’est pas pratiquée seulement au Mali ; Elle fut
pratiqué même en Occident, en particulier en Angleterre et en Russie. Dans ce
dernier pays, l’excision ne fut abandonnée qu’au moment de la révolution, quand
elle fut interdite pour des raisons de santé qu’elle posait. En Angleterre,
jusqu’en 1945, l’excision se pratiquait pour des raisons de chasteté qu’elle
procurerait aux femmes.
On
pensait aussi que l’excision soignerait certains état de névrose et
d’hystérie. En Afrique, elle est
pratiqué dans plus de vingt pays pour des raisons souvent diverses. Dans tous
les pays africains aujourd’hui on commence à comprendre qu’il faut agir pour
trouver une solution à cette question qui touche des millions de
femmes.
-
L’évolution des connaissances exige
parfois une nouvelle façon de vivre et de voir le monde adaptation. Cette
évolution des connaissances est un facteur qui a fait prendre conscience aux
gens des dangers liés à l’excision. Les agents de santé du Mali voient chaque
jour des cas de complications. Des études faites au Mali, par des maliens
montrent aussi le caractère nocif de la pratique de l’excision sur la santé des
femmes qui la subissent.
- Les
cultures évoluent et les
connaissances aussi. La science est faite pour le bonheur des hommes. Il ne faut
donc pas se fermer au monde. Les meilleurs éléments des différentes cultures
sont une richesse pour toute l’humanité qu’il faut partager. Les éléments qui
portent atteinte à l’intégrité physique et qui peuvent nuire à la santé sont à
rejeter d’où qu’ils viennent et quelque que soient les justifications avancées.
7-
Question : L’excision est pratiquée pour des raisons hygiéniques,
qu ‘en est-il ?
Réponse :
Cette
explication est récente et n’est pas fondée. On avance souvent que lorsqu’une
femme n’est pas excisée, elle n’est pas autoriser à faire ses prières par ce
qu’elle serait impure. Rappelons que dans beaucoup de pays musulmans comme
l’Arabie Saoudite et même dans notre pays par exemple à Tombouctou, Kidal ou à
Gao, les femmes ne subissent pas l’excision. Elles ne sont pas moins des femmes
musulmanes respectées qui accomplissent tous les rites exigés par le
Coran.
8-
Question : Doit-on alors dire que l’excision n’est pas une
obligation de l’islam ?
Réponse :
On
peut dire de façon formelle, l’excision n’est pas une obligation de
l’islam. Tout au plus selon certains (et tous les islamologues ne reconnaissent
même pas la crédibilité de ces sunnas) recommandation une « sunna »
dont l’accomplissement est facultatif. C’est ce qui fait que la majorité des
musulmans dans le monde n’impose pas l’excision aux femmes. D’ailleurs on
pratique l’excision au Mali indifféremment de la religion. Ainsi, les chrétiens,
les animistes et les musulmans pratiquent tous l’excision.
9-
Question : Qu’elle est l’origine de
l’excision ?
Réponse :
Vraisemblablement, à l’origine, l’excision et la circoncision masculine avaient
la même signification. Selon des anthropologues, ces pratiques seraient nées
dans les vallées du Niger et du Congo avant de se répandre en Egypte antique où
elle a été adoptée vers – 2560 par les prêtres d’Amon Rê, qui admira les sexes
circoncis des esclaves nubiens emprisonnés dans son pays. La circoncision et
l’excision ont été d’abord d’origine ésotérique.
Cependant
je me limiterai aux explications qui viennent de nos peuples. Dans l’ensemble,
l’excision est liée aux mythes, qui sont les représentations que les hommes se
font du monde et aussi l’origine de certains phénomènes et faits sociaux comme
la mort, le mariage, l’excision, les religions, etc.
Généralement
les mythes tentent de donner une explication religieuse à tout ce qui touche à
l’homme. Ainsi pour les Dogons tout comme pour les Bambara et les Songhay, le
clitoris est l’équivalent du pénis chez la femme. On pense que l’excision tout comme la
circoncision offre une identité sexuelle, la capacité de procréer et d’être
fécond.
L’excision
était et est parfois encore un rite d’initiation qui permet dans l’imaginaire de
beaucoup de peuples de séparer les
sexes qui à l’origine seraient confondus ( la bisexualité ). L’excision et la
circoncision sont des inscriptions, des marques, des identités, des symboles
pour beaucoup de peuples.
Dans
un certain nombre de sociétés traditionnelles d’Afrique occidentale, les hommes
et les femmes sont tenus de se faire circoncire pour avoir une identité
sexuelle, comme si la différence biologique ne suffisait pas.
10-
Question : Vous dites que l’excision était un rite
d’initiation ? qu’est-ce qu’un rite
d’initiation ?
Réponse :
Oui, l’excision était un rite d’initiation. Un rite d’initiation est une longue
série d’épreuves physiques et morales qui ont pour objet d’introduire le jeune
homme ou la jeune fille à la vie religieuse et dans le monde des adultes.
L’enfant sort, pour la première fois, du monde purement profane où s’est écoulé
sa première enfance pour entrer dans le cercle des choses sacrées. On dit qu’à
ce moment le jeune homme ou la jeune fille meurt, que la personne déterminée
qu’il était cesse d’exister et qu’une autre, instantanément se substitue à la
précédente. Il renaît sous une forme nouvelle.
Des
cérémonies appropriées sont censées réaliser cette mort et cette renaissance qui
ne sont pas entendues dans un sens simplement symbolique, mais sont prises à la
lettre.
L’excision
en tant que rite de passage exige de la souffrance de la part des initiées.
Cette souffrance sert à préparer dans le sang et dans la douleur la jeune fille
à être femme.
Dans
certaines localités du Mali, pendant plusieurs semaines, les jeunes filles
restent près d’une ou plusieurs vieilles femmes et elles apprennent les
traditions de la communauté ( les mythes, certaines techniques médicinales, les
chants, les proverbes, les contes). Elles sont également instruites de façon
souvent fort précise des jeux sexuels, mais aussi des tabous pesant sur les
menstruations et des « secrets » de l’enfantement : c’est
tout le patrimoine du groupe qui est transmis à l’occasion de
l’initiation.
11-
Question : Est-ce que ce rite initiatique accompagne toujours la
pratique de l’excision ?
Réponse :
De
plus en plus rarement. Cela s’explique par le fait que les fillettes sont
aujourd’hui excisées à bas âge, en moyenne moins de 2 ans. Alors qu’auparavant,
s’étaient des jeunes filles de 12 à 18 ans qui subissaient l’excision. A 12 ou
18 ans on peut comprendre les enseignements qui accompagnaient l’excision et
s’en servir plus tard. Je rappelle que généralement quelques mois après
l’excision, les jeunes filles étaient donné en mariage. Alors, vous convenez
avec moi que ce ne sont pas des bébés de moins de 2 ans qui pourront comprendre
quelques chose à l’initiation, à apprendre la vie de futures femmes.
L’initiation
était accompagnée de grandes fêtes villageoises qui duraient plusieurs jours.
Aujourd’hui, l’excision est devenue individuelle et se passe dans le plus grand
anonymat. Tout juste si certains parents les plus proches sont avisés.
L’excision a perdue sa valeur symbolique, elle est devenue une pratique
routinière que les gens perpétuent par habitude : « on l’a toujours
fait et on continu comme ça… ».
12-
Question : Alors pourquoi continue-t-on à pratiquer si l’initiation
n’accompagne plus l’opération l’excision ?
Réponse :
En
réalité beaucoup de gens continuent à pratiquer l’excision par pur conformisme
social. Beaucoup de gens excisent leur enfant de peur de créer les conditions de
leur marginalisation. En effet il est difficile de ne pas être exciser dans une
société où toutes les femmes sont excisées. La contrainte sociale est très forte
comme l’atteste le témoignage de cette femme Awa 28 ans, musulmane, qui
s ‘apprête à exciser sa fille de 2 ans, pourtant elle se souvient:
« Dieu » dit-elle en frissonnant, le regard baissé vers ses mains
jointes et serrées, « aujourd’hui encore, je revois chaque trait du visage
de l’exciseuse avant qu’elle ne me coupe, et le soleil de douleur qui a explosé
devant mes yeux. Même à son pire ennemi, on ne peut souhaiter pareille
souffrance, les plaies ont mis longtemps à guérir, j’ai beaucoup saigné, uriner
était un cauchemar, chaque accouchement un problème. Mais il faut le faire. Qui
voudra d’une fille impure, d’une paria ? J’ai mal et j’ai peur,
aujourd’hui, pour ma fille, mais il faut le faire. »
13-
Question : Beaucoup de gens disent qu’une femme non excisée a un
appétit sexuel débordant, qu’elle ne peut pas rester fidèle à son mari. Qu’en
est –il ?
Réponse :
Je
pense que la maîtrise de soi, le bon ou mauvais comportement est une question
d’éducation et non d’excision. Si l’excision suffisait à rendre une femme fidèle
ou soumise à son seul époux, nous n’aurions pas tous ces enfants naturels
aujourd’hui. Le problème de comportement relève de l’éducation. Les changements
que notre société connaît aujourd’hui touchent tous les pays du monde. Les
traditions ne sont plus les mêmes hier qu’aujourd’hui. Les valeurs des
jeunes d’aujourd’hui diffèrent de
celles d’hier.
La
virginité au moment du mariage était très importante pour la mère d’hier, car
elle démontrait que l’éducation de la fille a été bien faite. Demande-t-on
aujourd’hui si une fille était vierge ou non au moment de son mariage ?
non. Un proverbe bien connu de chez nous dit : « on ne peut pas vivre
son temps et vivre le temps de ses enfants ». L’enseignement de ce proverbe
est important, car il reconnaît la possibilité du changement dans les sociétés.
Aucune
société n’est figée, immobile. Ce qui est important c’est de garder les
meilleurs valeurs culturelles de chaque peuple et de rejeter celles qui ne sont
plus conformes aux connaissances actuelles. Hier nous avions d’autres formes de
croyances, nos arrières grands-parents adoraient des fétiches, aujourd’hui nous
sommes majoritairement musulmans, chrétiens.
14-
Question : Existe-t-il d’autres raisons évoquées pour justifier
l’excision ?
Réponse :
Dans notre pays, la notion de virginité était primordiale (elle l’est encore
dans certaines contrées du pays). Car, si par malheur, la jeune fille n’était
pas vierge le jour de ses noces, sa famille était déshonorée et souvent sa mère
était chassé de la famille.
On
considère généralement que la mère est responsable de l’éducation de la fille.
Donc, il arrive qu’elle soit répudiée pour payer la faute de la fille. La fille
elle-même était exclue ou donnée en mariage à un vieillard. La fille vierge
était respectée et recevait beaucoup de cadeaux en récompense de sa bonne
conduite. C’est pour ces raisons que l’on tenait absolument à ce que les filles
soient infibulées par exemple.
On
pense que l’excision diminue la sensibilité de la femme, donc diminue son
appétit sexuel et la préserve des relations sexuelles jusqu’au mariage.
Pour
d’autres, l’excision rend les femmes plus fécondes. Certains pensent également
que les parties génitales de la femme non excisée sont laides, sentent mauvais
et sont malpropres.
J’ai
même entendu dire qu’une femme non excisée ne peut pas avoir de relations
sexuelles, à cause du développement exagéré du clitoris.
On
avance aussi, que l’homme peut devenir impuissant au contact avec le clitoris,
de même que le bébé en venant au monde peut mourir en touchant le
clitoris.
En
mettant bout à bout les raisons avancées, on peut dire que l’excision est la
condition d’accès à un statut social spécifique, celui de la femme soumise à
l’autorité de l’homme. Ainsi, une femme non excisée, peut difficilement avoir un
époux.
Les
hommes ne veulent pas d’une femme non excisée par ce qu’ils ont peur d’être
trompés, et les femmes se soumettent à l’excision par crainte de ne pas avoir
d’époux !
15-
Question : quels sont les pays concernés par l’excision en
Afrique ?
Réponse :
L’excision est pratiquée différemment par de nombreux peuples dans plus d’une
vingtaine de pays en Afrique. On peut citer parmi ces pays : le Bénin, le
Cameroun, le Burkina-Faso,
16-
Question : Au Mali, n’existe-t-il pas des régions ou des ethnies qui
ne pratiquent pas l’excision ?
Réponse :
En
effet, il existe des ethnies et des régions où la prévalence de l’excision est
faible. Les communes de Tombouctou et de Gao ont par exemple des niveaux de
pratique très bas. Cependant, l’appartenance ethnique semble jouer un rôle
important si l’on en juge par les taux enregistrés chez les Tamacheck (16%), les
Sonrhaï 47,8%.
17-
Question : Pourquoi ne pas interdire alors l’excision si elle
apporte tant de mal ?
Réponse :
De plus en plus de gens se demande pourquoi l’excision n’est pas interdite chez
nous comme l’on fait certains pays voisins ? Ils évoquent les lois, les accords et
conventions signés par le Mali, notamment, la loi fondamentale,
D’autres
pensent aussi que l’adoption d’une loi permettra d’améliorer la condition de la
femme malienne, de conforter le personnel médical, de soutenir les villages qui
ont déjà renoncé à l’excision, de donner un signal fort aux associations et ONG
qui luttent depuis plus de 20 ans contre l’excision…
Malgré
ces aspects évoqués qui peuvent largement justifier le vote d’une loi contre
l’excision, des obstacles de taille demeurent et justifient la stratégie qui
semble être largement adoptée au Mali par la majorité des acteurs qui
sensibilisent contre l’excision
A
notre avis, les éléments les plus importants qui ne plaident pas en faveur d’une
loi dans l’immédiat sont :
-
L’ampleur
de la pratique dans notre pays (plus de 94%) ;
-
Le
taux élevé de personnes qui entendent poursuivre l’excision (plus de
75%) ;
-
Le
fait que la très grande majorité de la population n’est pas du tout informé des
problèmes qu’engendrent l’excision ;
-
La
timidité de l’engagement de l’Etat qui n’a jamais élaboré une politique de
mobilisation sociale sur la question ;
-
L’existence
d’une frange importante de personnes opposées à la lutte contre l’excision qui
vont se saisir de l’incompréhension et du mécontentement généralisé que
susciterait l’adoption de la loi pour s’adonner à l’agitation ;
-
Le
manque de sensibilisation des intellectuels qui verront ( certains voient déjà)
dans la loi une « conspiration contre nos valeurs culturelles
authentiques ». Les propos de ce professeur est éloquent : « Une
loi contre l’excision pourrait profiter à la communauté, s’il est établi que
cette pratique ne comporte que des inconvénients. Mais je pense que nous devons
faire attention. Car une pratique datant de centaines d’années, ce n’est pas en
quelques mois qu’on pourrait y mettre fin. Ceux qui nous imposent des visions et
des lois … leur perspectives est de nous
détruire » ;
-
La
difficulté d’application d’une loi contre une pratique dont les agents chargés
de mettre en œuvre eux même approuvent ;
Une
loi qui n’a pas de fondements socio-culturelles n’a aucune chance d’être
respecté dans une société. C’est le cas du montant de la dote, du mariage
religieux qui doit se célébrer après le mariage civil et que personne ne
respecte, etc.
Une
loi dans ces conditions serait vue comme irréfléchie ou imposée de
l’extérieur !
18-Question :
Alors quelle solution proposez-vous pour l’abandon de cette
pratique ?
Réponse :
Je
pense qu’il n’existe pas de solution miracle. On ne peut pas résoudre le
problème de l’excision de l’extérieur. Seule la population toute entière, et
personne d’autre, est susceptible de modifier une coutume millénaire. Si on la
contraint par la force, il faut s’attendre à ce qu’elle tombe dans la
clandestinité. La seule véritable solution à mon avis c’est dire la vérité, ne
pas blesser, respecter la culture du milieu, assurer la prise en charge des
victimes, informer, communiquer et éduquer. On constate partout que l’éducation
est un facteur important qui prédispose au changement de comportement.
Bref,
Il faut du temps, de la patience et des moyens humains et matériels pour venir à
bout de l’excision.
Je
pense qu’on ne doit pas avoir une stratégie globale de lutte contre l’excision.
Il faut à mon avis étudier chaque milieu et en fonction des justifications
données à l’excision élaborer la stratégie appropriée. Par exemple, il y a
encore des zones au Mali, où l’excision et la circoncision sont encore
accompagnées par la retraite initiatique et le symbole reste très fort. Dans ces
zones on ne peut pas dire que l’excision n’est plus fonctionnelle. Dans ces cas
précis, on pourra penser à substituer à la vrai excision (avec coupure), une
« excision simulacre » (sans coupure), toute fois en conservant les valeurs éducatives et
la retraite symbolique qui sont les vrais raisons de l’opération dans ces
localités.
Il
faudra aussi penser à la reconversion des anciennes exciseuses en relais de la
sensibilisation contre l’excision et en accoucheuses traditionnelles. Mais, la
reconversion ne doit pas être une stratégie isolée. Elle ne doit venir qu’après
l’engagement de la communauté de l’exciseuse à abandonner l’excision. Si la
communauté ne s’engage pas à abandonner l’excision, les exciseuses seront
inefficaces, car la « qualité de forgeron » lui est conférée par la
communauté. C’est la communauté elle seule qui peut décharger l’exciseuse de sa
fonction, pas l’inverse.
19-
Question : quelles sont les structures qui luttent cotre l’excision
au Mali ?
Réponse :
Il
existe plusieurs organisations qui sensibilisent contre l’excision. Certaines
sont très connues, d’autres moins.
Parmi
les organisations les plus connues, on peut citer :
-
le
Comité
National pour l’Abandon des Pratiques Néfastes à la santé de la femme et de
l’enfant (CNAPN).
Il a été crée par décret N° 99-157/PM-RM du 16 juin 1999 sous l’égide du
Ministère de
·
donner une nouvelle impulsion aux actions de sensibilisation en
cours ;
· asseoir un partenariat entre les
différents acteurs ;
· coordonner et harmoniser les
actions de lutte pour une utilisation rationnelle des ressources humaines,
matérielles et financières ;
· soutenir les actions des
associations et ONG impliquées dans la lutte pour l’abandon de
l’excision.
-
Projet
d’appui à la lutte contre les pratiques préjudiciables à la santé de la femme et
de l’enfant (PASAF)
Le
FNUAP à travers ses programmes appuie le Mali comme d’autres pays de la
sous-région dans ses efforts de lutte contre l’excision. C’est ainsi qu’en
juillet 2000 fut mis en place le PASAF, grâce au concours financier du Grand
Duché du Luxembourg.
Le
PASAF est un projet du Ministère de
· développer un programme de plaidoyer à
l’endroit des décideurs politiques, religieux, communautaires et les média
modernes et traditionnels ;
· sensibiliser les familles et les
communautés dans la zone pilote de Bougouni en vue d’un changement de
comportement.
-
Ministère de
cadre de la lutte contre
l’excision. Elle a élaborée avec l’aide de
PRIME II un module sur la prise en charge des
complications
liées à l’excision à
l’intention des prestataires de santé.
-
L’ASDAP ( Association de Soutien au
Développement des Activités de Population). Crée en Septembre 1993, l’ASADAP a
pour domaines d’activité principale la santé de la reproduction à travers ses
différentes composantes : planning familial, santé de la reproduction des
adolescents, l’excision et les MST/SIDA. L’ASDAP intervient dans les Régions de
Koulikoro (Koulikoro, Kati et Fana) ; de Sikasso (Sélingué, Koutiala et
Yorosso) ; de Ségou (Ségou et Bla) et dans le District de Bamako (dans les
six communes);
-
L’APDF (Association pour la défense des droits
des Femmes). Cette association voit dans la lutte contre l’excision un aspect de
lutte contre les violences faites aux femmes. L’APDEF intervient dans tout le
pays, en particulier à Mopti, Ségou, Kayes et Baguinéda;
-
AMSOPT (Association Malienne de suivi des
pratiques traditionnelles). Crée en 1991, cette association lutte contre
l’excision et le gavage des filles au Nord du Mali. Elle fait la promotion des
pratiques positives comme le port de l’enfant au dos, l’allaitement maternel et
l’éducation sexuelle traditionnelle. Les zones d’intervention de l’AMSOPT
sont : région de Koulikoro( Kangaba, Kati et
Koulikoro);
-
Le Centre Djoliba ;
Association
socio-culturelle, de formation, de documentation et d’échanges culturels, le
Centre Djoliba a été crée en 1964. C’est en 1983 que la structure a pris les
premiers contacts en vue d’élaborer et d’exécuter un projet
« excision ». et la même année, une section promotion de la féminine
chargée de s’investir pour l’abandon de l’excision a vue le
jour.
-
L’AMPE (Association Malienne pour
-
Plan International de parrainage.
Cette ONG
internationale est au Mali depuis 1976. Le « Plan » s’occupe
essentiellement de
-
CEDPA ( ONG international) œuvre dans le domaine de la santé de la
reproduction des adolescents ; l’excision ; l’intégration de la femme
dans le processus de développement pour en faire de véritables partenaires. Le
CEDPA travail en partenariat avec plusieurs ONG dont l’ASDAP et le groupe PIVOT/
santé
20-
Question : Quelles sont les stratégies utilisées pour l’abandon de
l’excision ?
Réponse : Les
méthodes d’Information, d’Education et d’Information (IEC) sont presque les
mêmes au niveau de toutes les structures qui luttent pour l’abandon de
l’excision au Mali. Elles se résument principalement aux causeries publiques et
aux communications interpersonnelles.
A
ces deux méthodes, on peut ajouter la formation des agents de terrain et des
relais villageois, la recherche action, le Plaidoyer/lobbying, la création
d’activités génératrices de revenus pour les exciseuses qui ont abandonné la
pratique, les voyages d’échange d’expériences, etc..
-
REFERENCES
BIBLIOGRAPHIQUES
BAMBA (M.L.), L’excision en milieu Sénoufo de Kadiolo, ENSUP DER PPP (mémoire de fin d’étude) 1998
BOUSQUET ( G.H.), L’Ethique sexuelle de l’Islam, Ed. Maisonneuve et Larousse, 1966
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[1] Ce proverbe Bambara montre l’attachement des peuples à leurs valeurs traditionnelles et la difficulté qu’il y aura à combattre l’excision, une coutume plusieurs fois millénaire.
[2] Ce proverbe bien connu de chez nous montre que le changement est parfois indispensable si l’on veut suivre le cours de la vie.